Kinshasa, 7 octobre 2026 | À l’ouverture de la 12ᵉ session d’Expo Béton, la Directrice générale de l’Agence nationale d’aménagement du territoire (ANAT), Carine Oniemba Amanvo, a appelé à repenser en profondeur la manière dont les villes congolaises sont planifiées et développées.
Dans son intervention, elle a insisté sur la nécessité de passer d’une urbanisation spontanée et désordonnée à une véritable politique de développement territorial, fondée sur l’anticipation des besoins, la sécurisation foncière et la coordination des interventions publiques et privées.
« Notre vision nous invite à passer d’une urbanisation subie à une urbanisation planifiée, d’une croissance spatiale désordonnée à une véritable politique de développement territorial et d’une occupation improvisée des sols à une valorisation responsable et prospective de notre territoire. »
L’ANAT, un outil d’intelligence territoriale
Présentant le rôle de l’ANAT, Carine Oniemba Amanvo a rappelé que l’agence, opérationnelle depuis quatre ans, accompagne le gouvernement central, les provinces ainsi que les villes et communes dans la planification et la gestion de l’espace territorial.
Elle a notamment cité l’appui aux provinces dans l’élaboration de leurs outils de planification spatiale, l’accompagnement des villes et communes dans la maîtrise de leur croissance ainsi que l’appui aux ministères sectoriels pour intégrer la dimension spatiale dans leurs politiques.
Pour la DG de l’ANAT, l’agence doit aller au-delà de sa fonction technique de production de données cartographiques.
« L’ANAT n’est pas uniquement un producteur de cartes. Elle est appelée à devenir une véritable plateforme nationale d’intelligence territoriale, capable de produire la connaissance, d’éclairer la décision et d’accompagner la mise en œuvre des projets. »
Cette approche vise également à offrir aux investisseurs une meilleure lisibilité sur les vocations, les contraintes et les potentialités des différents territoires du pays, tout en associant les autorités coutumières et les communautés locales afin de prévenir notamment les conflits fonciers.
KIA MONA, un projet d’aménagement intégré
Carine Oniemba Amanvo a ensuite présenté le projet Kinshasa-KIA MONA, situé dans la commune de Maluku, comme l’une des illustrations de cette nouvelle approche de l’aménagement du territoire.
Selon elle, KIA MONA ne doit pas être considéré comme une simple opération immobilière, mais comme un projet structurant appelé à intégrer l’habitat, les activités industrielles, l’agriculture, la logistique, les infrastructures, les services sociaux et les espaces verts.
« KIA MONA n’est pas seulement une opération immobilière, il s’agit d’une grande opération d’aménagement du territoire. »
La DG de l’ANAT a par ailleurs annoncé la signature, durant cette session d’Expo Béton, d’un protocole d’accord entre l’Agence nationale d’aménagement du territoire et le CSSPEVK, porteur du projet KIA MONA.
Cet accord vise à établir un cadre de coopération technique autour de la planification spatiale, de l’organisation des usages du sol, de la protection du foncier public, de l’intégration des infrastructures et de l’accompagnement des investisseurs.
« Ce protocole aura pour objectif d’établir un cadre de coopération technique autour de la planification spatiale, de l’organisation des usages du sol, de la protection du foncier public, de l’intégration des infrastructures et de l’accompagnement des investisseurs. »
Pour Carine Oniemba Amanvo, cette collaboration doit notamment permettre d’assurer la cohérence territoriale du projet, de structurer les données spatiales nécessaires à la prise de décision et d’articuler les différentes zones d’habitat, d’activités économiques, d’infrastructures et d’espaces à protéger.
Le foncier public au cœur de la planification
La question du foncier public de l’État a également occupé une place importante dans son intervention.
Carine Oniemba Amanvo estime que l’État doit impérativement avoir une connaissance précise de ses réserves foncières afin de préserver les espaces nécessaires à la réalisation de ses projets futurs.
« Il ne peut y avoir de planification crédible si l’État ne connaît pas avec précision ses propres réserves foncières, ses emprises, ses servitudes et les espaces nécessaires à ses projets futurs. »
Elle préconise ainsi l’inventaire, la localisation, le géoréférencement, le cadastrage et la sécurisation juridique du patrimoine foncier public.
Ces réserves sont notamment destinées aux routes, écoles, hôpitaux, marchés, espaces verts, réseaux d’eau et d’assainissement, équipements de sécurité et zones d’activités économiques.
« Un État qui ne protège pas ses réserves foncières compromet sa capacité à construire des infrastructures de développement. »
Boma, une expérience de ville durable
La Directrice générale de l’ANAT a également évoqué l’expérience de Boma Ville Durable, projet pour lequel l’agence assure la maîtrise d’ouvrage déléguée du gouvernement, avec un financement de la Banque africaine de développement.
Le projet met notamment l’accent sur la résilience face aux risques climatiques, la réhabilitation des infrastructures, l’amélioration des services essentiels, le renforcement de la gouvernance locale, la valorisation du patrimoine historique et le développement des capacités municipales.
Pour Carine Oniemba Amanvo, cette expérience démontre que l’aménagement du territoire ne concerne pas uniquement les nouvelles villes, mais peut également contribuer à transformer et moderniser les centres urbains existants.
« L’expérience de Boma démontre que l’aménagement du territoire peut accompagner aussi bien la création de nouveaux pôles urbains que la transformation des villes existantes. »
Une division provinciale de l’ANAT bientôt installée à Kinshasa
Dans cette perspective, l’ANAT entend renforcer sa présence sur le terrain. Carine Oniemba Amanvo a annoncé l’installation prochaine d’une division provinciale de l’ANAT à Kinshasa, une initiative destinée à rapprocher l’expertise technique de l’agence des autorités provinciales.
Cette structure devrait notamment accompagner la planification urbaine, la structuration du territoire, la coordination des projets et le suivi des interventions ayant un impact sur l’espace provincial.
La DG de l’ANAT a également appelé les différents acteurs à s’approprier la loi relative à l’aménagement du territoire et ses textes d’application.
« Cette loi ne peut pas rester un texte connu uniquement des administrations. Elle doit être comprise et appliquée par les institutions nationales, les provinces, les communes, les services techniques, les autorités coutumières, les opérateurs économiques, les promoteurs immobiliers, les organisations de la société civile et surtout les communautés locales. »
« Construire, c’est organiser l’espace »
En conclusion, Carine Oniemba Amanvo a réaffirmé la détermination de l’ANAT à accompagner le gouvernement dans la transformation spatiale de la République démocratique du Congo.
Elle a insisté sur la nécessité de penser le développement urbain sur plusieurs décennies, avec une capitale mieux organisée, mieux connectée, plus résiliente face aux changements climatiques et capable d’accueillir de nouveaux logements, pôles économiques et infrastructures modernes.
« Construire n’est pas seulement élever des bâtiments. Construire, c’est organiser l’espace, protéger les territoires, connecter les populations, sécuriser les investissements, préparer l’avenir. »
Pour la Directrice générale de l’ANAT, la planification territoriale, la sécurisation foncière et la coordination des projets constituent des leviers essentiels de la transformation de la RDC, avec Kinshasa appelée à jouer un rôle moteur dans cette dynamique nationale.
CYT
