Kinshasa, 10 octobre 2026 | La République démocratique du Congo entend mieux reconnaître les compétences des professionnels qui ont appris leur métier directement sur les chantiers, dans les garages et auprès de maîtres artisans, sans nécessairement passer par un centre de formation. Cette orientation a été défendue par Marc Ekila, ministre d’État en charge de la Formation professionnelle, lors du neuvième panel de la 12ᵉ édition d’Expo Béton, organisé ce samedi, quatrième et dernier jour de l’événement.
Intervenant autour du thème « Qualifier, former, certifier : quels référentiels pour les métiers du BTP ? », le ministre d’État a mis en avant la nécessité de rapprocher la formation professionnelle des besoins réels des entreprises et du marché de l’emploi. Il a notamment insisté sur la reconnaissance des acquis de l’expérience (VAE), l’élaboration de référentiels professionnels et la mise en place d’un cadre de concertation réunissant les acteurs concernés.
La VAE pour reconnaître les compétences acquises sur le terrain
Dans son intervention, Marc Ekila a rappelé que de nombreux professionnels congolais ont appris leur métier en dehors des circuits classiques de formation. Certains ont acquis leur expérience pendant cinq, dix, voire quinze ans, en travaillant sur des chantiers ou aux côtés de membres de leur famille et de maîtres artisans.
Pour le ministre d’État, ces personnes disposent de compétences qui méritent d’être reconnues par la République. Le principal défi consiste à mettre en place des mécanismes permettant d’évaluer et de certifier leur savoir-faire.
Cette démarche s’inscrit dans la logique de la validation des acquis de l’expérience (VAE), qui permet de faire reconnaître les compétences développées au cours d’un parcours professionnel, même en l’absence d’une formation initiale sanctionnée par un diplôme.
L’objectif défendu par Marc Ekila est de permettre aux travailleurs expérimentés de faire valoir officiellement leurs compétences et de mieux accéder aux possibilités d’emploi dans le secteur du bâtiment et des travaux publics.
Réduire le décalage entre formation et emploi
Le ministre d’État a également mis en évidence une contradiction persistante sur le marché congolais du travail : alors que des entreprises recherchent une main-d’œuvre qualifiée, de nombreux jeunes formés dans le pays peinent à trouver un emploi correspondant à leurs compétences.
Il a notamment évoqué le recours à la main-d’œuvre étrangère dans certains secteurs, dont la construction, alors que des jeunes Congolais issus des établissements de formation professionnelle restent sans emploi ou ne bénéficient pas d’une rémunération à la hauteur de leurs compétences.
Pour Marc Ekila, cette situation met en évidence l’inadéquation entre la formation et l’emploi. La réponse doit, selon lui, passer par une meilleure connaissance des besoins des entreprises et par une adaptation des formations aux réalités du marché.
Le ministre a ainsi défendu une approche dans laquelle la formation professionnelle ne serait plus considérée comme une simple transmission de connaissances, mais comme un instrument de développement socio-économique, de création d’emplois et de richesses.
Des référentiels pour définir les compétences attendues
Pour répondre à ces défis, Marc Ekila a insisté sur l’importance des référentiels professionnels. Ces outils doivent permettre de préciser les compétences attendues pour chaque métier, les exigences auxquelles les apprenants doivent satisfaire et les critères permettant d’évaluer leur capacité à exercer correctement une profession.
Dans le secteur du BTP, cette démarche doit contribuer à mieux définir les qualifications nécessaires pour les différents métiers de la construction et à rapprocher les attentes des entreprises des contenus des formations dispensées.
Le ministre a également souligné la nécessité de poursuivre le travail engagé avec les acteurs concernés afin de consolider ces référentiels et de faciliter leur application sur le terrain.
Cette démarche suppose notamment une collaboration entre les pouvoirs publics, les établissements de formation, les entreprises et les organisations professionnelles, afin que les compétences enseignées et certifiées correspondent effectivement aux besoins du secteur.
Un cadre de concertation avec les acteurs du secteur
Marc Ekila a par ailleurs plaidé pour la mise en place d’un cadre de concertation ouvert à l’ensemble des parties prenantes. Selon lui, les pouvoirs publics ne peuvent pas définir seuls les orientations de la formation professionnelle sans tenir compte des besoins des entreprises, de l’expertise des formateurs et des attentes des bénéficiaires.
Il a évoqué la nécessité d’associer les institutions et organismes concernés, notamment l’Institut national de préparation professionnelle (INPP) et l’Agence nationale de développement de l’entrepreneuriat congolais (ANADEC), ainsi que les acteurs du secteur de la construction.
Il a également mentionné le travail de concertation avec les organisations professionnelles représentant notamment les architectes, les urbanistes et les ingénieurs civils, afin de mieux identifier les compétences requises et d’alimenter la réflexion sur les formations à développer.
Le ministre a insisté sur l’importance de poursuivre cette dynamique pour parvenir à des propositions adaptées aux réalités du pays et aux exigences des différents métiers.
Faire de la formation professionnelle un levier de développement
Au terme de son intervention, Marc Ekila a rappelé que la formation professionnelle doit être envisagée dans une perspective plus large, intégrant les enjeux économiques et sociaux. Il ne s’agit pas uniquement de former des travailleurs, mais de leur donner les moyens d’exercer un métier, d’accéder à un emploi et de contribuer à la création de richesses.
Dans cette perspective, la reconnaissance des acquis de l’expérience, la certification des compétences et l’élaboration de référentiels adaptés constituent des pistes essentielles pour mieux valoriser le savoir-faire congolais.
Au neuvième panel d’Expo Béton 2026, consacré à la qualification, à la formation et à la certification des métiers du BTP, le ministre d’État a ainsi placé la valorisation des compétences locales au cœur des enjeux de développement du secteur de la construction en République démocratique du Congo.
YTC
