Kinshasa, 9 octobre 2026 | En 100 jours à la tête de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE), Soraya Aziz Moto affirme avoir examiné 45 projets électriques représentant un montant global de 2,3 milliards de dollars et une capacité de production envisagée de 2 600 mégawatts. Elle a présenté ces résultats ce vendredi, lors du sixième panel de la troisième journée d’Expo Béton 2026, consacré aux solutions durables aux défis de l’accès à l’eau et à l’électricité à Kinshasa.
45 projets électriques examinés en 100 jours
Interrogée sur le niveau de performance enregistré depuis sa prise de fonctions, le 3 mars 2026, Soraya Aziz Moto a confirmé les chiffres évoqués au cours des échanges, tout en précisant qu’ils correspondaient à ses 100 premiers jours à la tête de l’institution.
Selon la directrice générale, les 45 projets concernés représentent des plans d’affaires soumis à l’ARE pour examen et approbation, pour une valeur globale de 2,3 milliards de dollars. Leur capacité de production cumulée est estimée à environ 2,6 gigawatts, soit 2 600 mégawatts.
Elle a expliqué que cette capacité potentielle représenterait un apport important au regard de la capacité électrique installée en République démocratique du Congo, qu’elle estime entre 4 400 et 4 600 MW.
La responsable a toutefois insisté sur une distinction essentielle : les montants annoncés ne correspondent pas à des investissements intégralement réalisés. Il s’agit de projets examinés par le régulateur, dont la concrétisation dépend notamment de leur mise en œuvre par les promoteurs.
Soraya Aziz Moto a néanmoins indiqué que plus de 1 000 MW issus des projets concernés étaient déjà opérationnels au moment de son intervention.
Une stratégie axée sur la promotion des investissements
Pour expliquer ces résultats, la DG de l’ARE a rappelé que les premiers mandataires de l’institution avaient été nommés en juillet 2020. Les premières années avaient principalement été consacrées à la mise en place des structures administratives, au recrutement du personnel, à l’installation des services et à l’élaboration des procédures.
Elle a également évoqué l’évolution progressive du traitement des dossiers d’électrification à partir de 2022.
À son arrivée, Soraya Aziz Moto explique avoir privilégié une approche davantage tournée vers la promotion des investissements et la résolution des blocages administratifs susceptibles de retarder les projets.
Après avoir identifié plusieurs dossiers en attente, mais déjà suffisamment avancés pour attirer des investissements, elle affirme avoir engagé des échanges avec les promoteurs et les autres acteurs du secteur afin de résoudre les difficultés rencontrées.
« Mon focus était la promotion des investissements », a-t-elle expliqué, soulignant sa volonté de privilégier une approche pédagogique dans les relations entre l’autorité de régulation et les opérateurs.
Cette orientation vise à faciliter le développement des projets électriques tout en maintenant le rôle de contrôle et de régulation de l’ARE.
Quelle contribution pour l’approvisionnement de Kinshasa ?
La question de l’accès à l’électricité dans la capitale a également été abordée au cours du panel.
Soraya Aziz Moto a rappelé que Kinshasa présente une particularité en matière de distribution, son périmètre étant exclusivement attribué à la Société nationale d’électricité (SNEL).
L’ARE peut examiner certains projets de production en milieu urbain et périurbain, mais l’électricité produite doit ensuite être distribuée à travers des accords avec la SNEL.
La directrice générale a ainsi renvoyé à la direction de cette entreprise la présentation de son plan d’expansion pour Kinshasa.
Dans une ville confrontée à une demande croissante en énergie, le développement de nouvelles capacités de production doit donc s’accompagner d’investissements dans les réseaux de transport et de distribution afin que l’électricité supplémentaire puisse effectivement atteindre les ménages et les entreprises.
Une plateforme numérique pour défendre les consommateurs
Au-delà des investissements, Soraya Aziz Moto a présenté la plateforme numérique de gestion des plaintes mise en place par l’ARE pour renforcer la protection des consommateurs et des opérateurs du secteur électrique.
Accessible depuis le site internet de l’institution, notamment sur ordinateur et téléphone, cette plateforme permet aux usagers et aux entreprises de soumettre leurs réclamations en ligne.
Les plaintes peuvent notamment concerner la mauvaise qualité de l’électricité, les coupures répétées, les fluctuations de tension, les contestations de factures ou les accidents liés à la consommation. Les opérateurs peuvent également signaler des différends avec d’autres acteurs du secteur ou des problèmes liés au paiement des factures.
Selon la directrice générale, les équipes de l’ARE disposent d’un délai de 30 jours pour instruire les dossiers et rendre une décision.
Elle a toutefois recommandé aux consommateurs de saisir d’abord le service clientèle de leur fournisseur d’électricité. Si aucune solution satisfaisante n’est trouvée, la plainte peut alors être portée devant le régulateur.
La plateforme permet également aux opérateurs concernés de prendre connaissance des réclamations et de transmettre leurs éléments de réponse, favorisant ainsi un traitement contradictoire des dossiers.
Douze décisions rendues sur près de 20 dossiers
Présentant le premier bilan de ce mécanisme, Soraya Aziz Moto a indiqué que près de 20 dossiers avaient été traités durant ses 100 premiers jours à la tête de l’ARE. Douze décisions avaient été rendues, selon ses déclarations.
Elle a précisé que ces décisions avaient reçu un accueil favorable des plaignants et des opérateurs concernés, grâce notamment à la coopération entre les différentes parties.
Pour la responsable, ce dispositif peut contribuer à résoudre certains différends sans qu’il soit nécessaire de recourir systématiquement aux cours et tribunaux.
La numérisation des plaintes constitue ainsi un moyen de rapprocher le régulateur des consommateurs, d’améliorer le suivi des réclamations et de renforcer la transparence dans les relations entre les fournisseurs d’électricité et leurs clients.
Des projets à concrétiser pour améliorer la desserte
À travers cette intervention au sixième panel d’Expo Béton 2026, Soraya Aziz Moto a mis en avant deux priorités : accélérer la mobilisation des investissements dans le secteur électrique et améliorer la protection des consommateurs grâce à une régulation plus accessible.
Les 2,3 milliards de dollars de projets examinés en 100 jours témoignent, selon les chiffres présentés, de l’ampleur des dossiers soumis à l’ARE. Leur impact réel dépendra toutefois de leur financement, de leur construction et de leur mise en service effective.
Pour Kinshasa, où les besoins en électricité restent importants, l’enjeu demeure de transformer les projets en capacités supplémentaires disponibles et en une amélioration concrète de la qualité et de la continuité de la fourniture.
YTC
