Expo Béton 2026 : Francis Useni défend une nouvelle approche de l’assainissement à Kinshasa

Kinshasa, 9 octobre 2026 — La gestion des déchets à Kinshasa nécessite une transformation profonde, fondée sur des infrastructures industrielles durables, la valorisation énergétique et la mobilisation des investissements privés. C’est le plaidoyer porté par Francis Useni président de l’OGEC lors du septième panel de la troisième journée d’Expo Béton 2026, consacré à la « Planification, approche opérationnelle de l’opération coup de poing pour l’assainissement et la municipalisation de la gestion durable des déchets ».

Devant les participants, Francis Useni a appelé à dépasser les opérations ponctuelles de collecte et d’évacuation des déchets pour privilégier une approche intégrée, capable de répondre durablement aux défis de l’insalubrité dans la capitale congolaise.

Selon lui, les déchets visibles dans les rues, les caniveaux et les espaces publics témoignent notamment du manque d’infrastructures adaptées pour assurer leur traitement. Il estime ainsi que la solution passe par la mise en place d’industries spécialisées, capables de traiter les déchets en grande quantité et d’en extraire des ressources utiles, notamment de l’énergie.

Une vision axée sur la gestion durable des déchets

Au cours de son intervention, Francis Useni est revenu sur l’évolution de son engagement dans le secteur de l’assainissement. Il a rappelé que son organisation, créée le 3 juillet 2001, avait commencé à envisager dès 2005 une approche durable de la gestion des déchets, notamment à travers la construction d’usines de traitement.

Des démarches avaient alors été entreprises auprès de la ville de Kinshasa, en collaboration avec une firme japonaise, afin d’explorer les possibilités de développement d’infrastructures spécialisées.

Cette réflexion a ensuite évolué vers des études de faisabilité portant sur la gestion intégrée des déchets de la capitale, réalisées avec des partenaires allemands et italiens dans le cadre d’une collaboration avec les autorités publiques.

Pour Francis Useni, l’enjeu est désormais de passer des interventions d’urgence à une stratégie structurelle, reposant sur des équipements modernes et des mécanismes de financement adaptés.

« Pour traiter les déchets, les gérer de façon durable, il faut passer aussi par l’industrie, qui permettra de traiter les déchets non seulement en quantité, mais aussi pour sortir des sous-produits », a-t-il expliqué.

La valorisation énergétique au cœur des projets envisagés

Parmi les solutions présentées figure la valorisation énergétique des déchets, qui consiste à exploiter certains déchets pour produire de l’énergie.

Francis Useni a évoqué deux projets pilotes issus des études de faisabilité : l’un envisagé dans la commune de Bandalungwa et l’autre dans le district de la Tshangu.

Le projet de Bandalungwa, évalué à 100 millions de dollars, prévoit la mise en place d’une installation de valorisation énergétique des déchets. Celui envisagé dans le district de la Tshangu est estimé à 410 millions de dollars et comprendrait trois composantes : une unité de valorisation énergétique, un centre de tri et un centre d’enfouissement technique.

Ces infrastructures permettraient d’organiser les différentes étapes de la gestion des déchets, depuis leur tri jusqu’à leur traitement, leur valorisation ou leur élimination dans des installations appropriées.

L’intervenant a toutefois souligné que la concrétisation de ces projets nécessite la mobilisation des ressources financières et des partenaires capables d’accompagner leur réalisation.

Un appel au secteur privé et aux institutions financières

Face aux besoins d’investissement, Francis Useni a lancé un appel aux opérateurs économiques, aux banques, aux compagnies d’assurance et aux autres acteurs du secteur financier afin qu’ils s’engagent dans le développement de cette filière.

Il considère la gestion durable des déchets comme un secteur porteur d’opportunités économiques, susceptible d’attirer des investissements et de favoriser la création d’emplois.

Les activités de collecte, de transport, de tri, de traitement et de valorisation pourraient notamment ouvrir des perspectives professionnelles aux jeunes et aux personnes en situation de vulnérabilité.

Pour l’intervenant, la gestion des déchets ne doit donc plus être considérée uniquement comme une charge pour les pouvoirs publics, mais également comme un secteur économique pouvant générer de la valeur et contribuer au développement urbain.

Il a notamment insisté sur la nécessité de mobiliser des partenaires privés pour accompagner les projets envisagés, alors que ceux-ci entrent dans une phase où leur structuration financière devient déterminante.

Le financement des projets au centre des échanges

Les coûts annoncés pour les projets de Bandalungwa et de la Tshangu ont suscité des interrogations sur les capacités financières des communes et des collectivités locales à soutenir des investissements industriels de cette ampleur.

En réponse, Francis Useni a défendu la faisabilité de ces initiatives, estimant qu’il ne fallait pas considérer leur coût comme un obstacle insurmontable.

Il a expliqué que le projet de Bandalungwa devait être envisagé comme une expérience pilote susceptible de faciliter la reproduction du modèle dans d’autres parties de Kinshasa, une fois sa mise en œuvre effective.

Il a également mis en avant la possibilité de recourir aux partenariats public-privé pour mobiliser les financements nécessaires à la réalisation des infrastructures.

Selon lui, la mise en place d’installations industrielles constitue une étape indispensable pour passer d’une gestion fragmentée des déchets à un système organisé et durable.

Faire de l’assainissement un levier de développement

L’intervention de Francis Useni s’inscrit dans les réflexions menées lors d’Expo Béton 2026 sur les défis de l’assainissement et la municipalisation de la gestion des déchets à Kinshasa.

Elle met en lumière la nécessité de renforcer les infrastructures de traitement, d’améliorer l’organisation de la filière et de favoriser la participation des investisseurs privés.

Au-delà de l’amélioration du cadre de vie des habitants, la valorisation des déchets pourrait contribuer à la production d’énergie, à la création d’emplois et au développement de nouvelles activités économiques.

La concrétisation de cette vision dépendra toutefois de la structuration financière des projets, de l’engagement des partenaires et de la capacité des autorités concernées à mettre en place un cadre opérationnel adapté.

À travers son plaidoyer, Francis Useni défend ainsi une nouvelle conception de l’assainissement à Kinshasa : une approche qui associe protection de l’environnement, développement industriel et création de valeur à partir des déchets.

YTC

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