À l’Assemblée nationale, le député national élu de Kisangani, le professeur Patrick Matata Makalamba, a plaidé pour une meilleure prise en compte des jeunes entrepreneurs agricoles de la Tshopo dans la mise en œuvre des projets publics. Lors du débat sur le Projet d’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture et l’agro-business (PEJAB), il a dénoncé des irrégularités présumées dans la sélection des bénéficiaires et appelé à soutenir les initiatives locales déjà porteuses de résultats.
Intervenant à la suite de la question orale avec débat adressée au ministre d’État en charge de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo, par la députée nationale Hermione Bolumbe Bakando, élue de Mont-Amba, Patrick Matata Makalamba a mis en avant le potentiel agricole de la Tshopo et les possibilités qu’il offre à la jeunesse de Kisangani.
Pour l’élu, le PEJAB aurait pu contribuer à la réalisation de plusieurs Objectifs de développement durable, notamment la lutte contre la pauvreté et la faim, la promotion d’une croissance économique durable et la réduction des inégalités.
« Comment une telle ville peut-elle manquer des jeunes qui allaient bénéficier d’un financement ? »
Le professeur Patrick Matata Makalamba a rappelé les nombreux atouts agricoles de la Tshopo, notamment ses terres arables, sa population jeune et la présence d’institutions de recherche et de formation spécialisées.
Il a cité notamment l’Université de Kisangani, l’Institut facultaire des sciences agronomiques de Yangambi, l’INERA et l’ISEA de Bengamisa.
Face à ce potentiel, le député s’est interrogé sur la place réservée aux jeunes de sa province dans le programme : « Comment une telle ville peut-elle manquer des jeunes qui allaient être recrutés et bénéficier d’un financement afin de concourir aux objectifs de développement que nous avons rappelés ? »
Il a également dénoncé la présence présumée, parmi les bénéficiaires, de personnes sans résidence, activité économique ni ancrage dans la province de la Tshopo.
« Lorsque vient le moment de sélectionner les jeunes, vous avez des jeunes qui n’ont aucune histoire, aucune résidence, aucune activité dans la province, qui se retrouvent sur la liste des bénéficiaires », a-t-il déclaré, appelant à davantage de transparence dans la sélection des bénéficiaires.
« Il faut s’appuyer sur la dynamique existante »
Au-delà des irrégularités soulevées, Patrick Matata Makalamba a insisté sur la nécessité de revoir les mécanismes de conception et d’exécution des projets agricoles afin de privilégier les résultats concrets sur le terrain.
Il a notamment recommandé au ministère de l’Agriculture de miser sur les entrepreneurs qui ont déjà lancé leurs activités et démontré leur capacité à produire.
« Dans les projets à venir, qu’on puisse s’appuyer sur la dynamique existante, des jeunes ou des vieux […] qui sont déjà dans les secteurs », a-t-il préconisé.
Pour le député élu de Kisangani, l’accompagnement public doit permettre aux entrepreneurs agricoles de consolider leurs acquis et de franchir de nouvelles étapes, plutôt que de privilégier des initiatives dont la viabilité n’est pas suffisamment établie.
Agri-multiplicateurs : « Cela pose donc un problème véritable »
Le professeur Matata Makalamba a également attiré l’attention sur les retards de paiement dont seraient victimes les agri-multiplicateurs locaux dans certains programmes de production de semences.
Il a dénoncé ce qu’il considère comme un traitement inéquitable entre les fournisseurs étrangers et les producteurs nationaux.
« Il est inconcevable que lorsqu’il s’agit de prendre les semences à l’extérieur, on paie comptant, quand il s’agit de nos agri-multiplicateurs, on ne les paie que deux ou trois années plus tard », a-t-il déploré.
Cette situation, selon lui, risque de fragiliser les producteurs locaux et de décourager les initiatives nationales, alors que leur contribution est essentielle au développement du secteur agricole congolais.
Une commission pour prévenir les erreurs du passé
Tout en saluant la démarche de la députée Hermione Bolumbe Bakando, à l’origine de la question orale, Patrick Matata Makalamba a encouragé la mise en place d’une commission chargée d’évaluer le PEJAB et d’identifier les dysfonctionnements qui ont marqué son exécution.
Il a par ailleurs reconnu les efforts du ministre Muhindo Nzangi, soulignant que celui-ci avait hérité d’un projet déjà engagé, dont l’échéance était proche.
Le député a toutefois estimé que les difficultés de management, la faible capacité d’absorption et les insuffisances dans la gestion du projet devaient servir de leçons pour les programmes futurs.
Il a enfin appelé à renforcer la collaboration entre le ministère de l’Agriculture, les institutions de recherche et les structures d’encadrement rural.
À travers cette intervention, Patrick Matata Makalamba défend une vision qui place les jeunes entrepreneurs agricoles de Kisangani et de la Tshopo au cœur des politiques publiques. Son plaidoyer vise à faire en sorte que les financements destinés au secteur agricole bénéficient davantage aux acteurs locaux, soutiennent la production nationale et contribuent à la création d’emplois.
Pour l’élu de Kisangani, l’enjeu est clair : faire du potentiel agricole de la Tshopo une véritable source d’opportunités pour sa jeunesse.
YTC
