En échange avec la diaspora congolaise, notamment les étudiants vivant en Russie, le 30 octobre à Moscou, le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a multiplié les critiques à l’endroit de son prédécesseur Joseph Kabila. Des accusations autour du patrimoine minier du Katanga aux relations avec le Rwanda, en passant par le dialogue national, le chef de l’État a livré une série de déclarations offensives.
Joseph Kabila était au centre de plusieurs interventions du président Félix Tshisekedi lors de cette rencontre avec les Congolais de Russie. Revenant sur les accusations portées contre lui au sujet de l’exploitation des ressources minières, le chef de l’État a directement mis en cause son prédécesseur ainsi que l’opposant Moïse Katumbi.
Félix Tshisekedi a notamment affirmé que ces deux personnalités sont, selon lui, les véritables responsables du pillage des ressources minières du Katanga, rejetant toute implication personnelle ou familiale dans cette situation.
« Aujourd’hui, Kabila et Katumbi utilisent un avocat belge proche de Kagame pour me salir aux yeux des Congolais et de la communauté internationale », a-t-il déclaré.
Poursuivant son argumentaire, le président de la République a raconté que Joseph Kabila lui avait lui-même relaté les circonstances dans lesquelles Moïse Katumbi était arrivé en République démocratique du Congo, avec l’intervention de l’ancien conseiller présidentiel Katumba Mwanke.
Selon le récit de Félix Tshisekedi, Moïse Katumbi serait arrivé dans le pays sans moyens financiers importants, avant de devenir gouverneur du Katanga puis milliardaire grâce, accuse-t-il, à l’exploitation des ressources minières de cette province.
« Lui-même, Kabila, est multimilliardaire. Donc, les vrais voleurs des minerais du Katanga sont ces deux-là. Ils ont tout fait pour me salir, mais Dieu les a confondus ! », a-t-il lancé.
« Notre ennemi, c’est Kagame et son groupe, pas le peuple rwandais »
Abordant les relations entre Kinshasa et Kigali, Félix Tshisekedi a tenu à distinguer les autorités rwandaises de la population de ce pays voisin. Devant la diaspora congolaise, le président a insisté sur le fait que l’hostilité de la RDC ne vise pas le peuple rwandais, mais plutôt le président Paul Kagame et son entourage.
« Notre ennemi, c’est Kagame et son groupe et non le peuple rwandais », a-t-il affirmé.
Dans la même séquence, le chef de l’État est revenu sur ses anciennes relations avec Joseph Kabila pendant la période de leur coalition au pouvoir. Il a affirmé que son prédécesseur lui avait confié son aversion envers les Rwandais, qu’il accusait d’être responsables de l’assassinat de son père, l’ancien président Laurent-Désiré Kabila.
« À l’époque où nous étions en coalition, Joseph Kabila m’a dit : “Ces Rwandais, je ne les aime pas, ce sont eux qui ont tué mon père (Laurent-Désiré Kabila)” », a révélé Félix Tshisekedi.
« Tshilombo le Terrible » : la réplique au surnom donné par Kabila
Le président de la République a également réagi au surnom d’« Ivan le Terrible » que Joseph Kabila lui a attribué lors d’une récente prise de parole.
Sur un ton ironique, Félix Tshisekedi a estimé que son prédécesseur aurait pu choisir une appellation faisant directement référence à son nom.
« Lors de sa sortie, il m’a même affublé du surnom d’“Ivan le Terrible”. Il aurait au moins dû appeler Tshilombo “Tshilombo le Terrible” ! », a-t-il répliqué.
Au-delà de cette réponse teintée d’ironie, Félix Tshisekedi a également accusé l’ancien président de s’être considérablement enrichi durant ses années au pouvoir et d’avoir contribué à l’affaiblissement de l’armée congolaise.
Perquisitions en Belgique : Tshisekedi annonce une contre-offensive judiciaire
Le chef de l’État a aussi évoqué les perquisitions menées en Belgique dans le cadre d’une procédure qu’il considère comme une manœuvre destinée à ternir son image sur les scènes nationale et internationale.
Il a dénoncé ce qu’il présente comme une entreprise de déstabilisation impliquant, selon ses accusations, Paul Kagame, Joseph Kabila et Moïse Katumbi.
Face à cette situation, Félix Tshisekedi a annoncé une riposte judiciaire, précisant qu’un collectif d’avocats avait été constitué pour engager une contre-offensive. Il affirme attendre les conclusions de cette procédure qu’il considère comme une démarche montée de toutes pièces.
Dialogue national : Tshisekedi maintient ses lignes rouges
Abordant la question du dialogue national, le président de la République a réaffirmé sa position sur les conditions de participation aux futures concertations. Pour lui, les assises devront réunir les acteurs qui n’ont aucun lien avec le Rwanda.
Il a notamment estimé que ceux qui souhaitent prendre part à ce processus devraient clarifier leur passé et rompre tout lien éventuel avec Kigali.
Cette position intervient alors que plusieurs acteurs politiques plaident pour un dialogue inclusif, susceptible de réunir les différentes forces politiques et sociales afin de rechercher une issue à la crise sécuritaire et politique que traverse le pays.
Félix Tshisekedi a par ailleurs rejeté les accusations de dictature portées contre son régime, qualifié l’opposition de faible et évoqué la mort de Manassé Lomboto. À ce sujet, il a affirmé que ce dernier était décédé des suites d’une maladie, alors que les circonstances de sa mort continuent de faire l’objet de controverses et de demandes d’éclaircissement.
Entre accusations de pillage des ressources minières, révélations sur ses anciennes relations avec Joseph Kabila, réplique au surnom d’« Ivan le Terrible » et fermeté sur les conditions du dialogue national, la sortie de Félix Tshisekedi à Moscou marque une nouvelle escalade verbale dans ses rapports avec son prédécesseur.
YTC
