SOTEXKI : l’affaire des bateaux pose une question qui dérange

KISANGANI — CÂBLE INFO ⭕️ | 16 SEPTEMBRE 2026

Et si la vraie question n’était pas seulement de savoir combien d’argent il faut pour relancer la SOTEXKI, mais de savoir d’abord ce qu’il faut réellement financer ?

Le débat autour de la relance de la Société textile de Kisangani continue de susciter des réactions. Plusieurs voix plaident pour une mobilisation rapide des ressources publiques afin de permettre à l’entreprise de reprendre ses activités. D’autres estiment qu’avant de débloquer de nouveaux financements, il faut répondre à un certain nombre de préalables techniques, économiques et institutionnels.

La récente déclaration du ministre de la Pêche et Élevage, Jean-Pierre Tshimanga, apporte un élément supplémentaire à cette réflexion.

Le ministre a révélé que des bateaux de pêche commandés par le Gouvernement et déjà livrés en RDC ne sont pas suffisamment adaptés aux réalités du pays. Selon ses explications, certaines caractéristiques liées aux conditions de navigation n’avaient pas été suffisamment prises en compte lors de la préparation de l’appel d’offres. Une nouvelle commande de bateaux mieux adaptés a ainsi été lancée, avec l’appui financier et technique du FPI.

L’argent avait donc été engagé. Les équipements avaient été commandés et livrés. Mais le besoin n’avait pas été suffisamment traduit en exigences adaptées au terrain.

C’est là que cette affaire rejoint, sur le plan de la méthode, le débat sur la SOTEXKI.

L’urgence ne doit pas remplacer les études

La relance d’une grande entreprise industrielle ne se résume pas à injecter des capitaux.

Avant de financer, il faut savoir précisément dans quoi l’on investit.

Quel est l’état actuel des installations ? Quelles machines peuvent être réhabilitées ? Lesquelles doivent être remplacées ? Quels sont les besoins énergétiques réels de l’usine ? Quelles matières premières sont disponibles ? Quel est le marché auquel la production sera destinée ? Quel sera le coût de production ? Quelle stratégie commerciale permettra à l’entreprise d’être durablement viable ? Et surtout, quel modèle de gouvernance permettra d’éviter que les ressources publiques ne soient à nouveau absorbées sans résultats durables ?

Ces questions ne constituent pas un refus de financer.

Elles permettent plutôt de déterminer comment financer intelligemment.

Matata insiste sur les préalables

C’est dans cette perspective que le député national PhD Patrick Matata Makalamba, élu de Kisangani, a insisté sur la nécessité de régler certains préalables avant de franchir une nouvelle étape dans la relance de la SOTEXKI.

Cette position fait débat dans la classe politique et au sein de l’opinion. Certains acteurs considèrent que l’urgence impose avant tout de mobiliser les moyens financiers. Mais l’approche défendue par Matata met l’accent sur le diagnostic, les études et la préparation du projet avant l’engagement de nouvelles ressources.

La question mérite d’être posée sans passion : vaut-il mieux financer rapidement un projet dont certains paramètres restent à clarifier, ou prendre le temps de sécuriser les conditions de sa réussite avant d’engager davantage d’argent public ?

Une leçon pour les investissements publics ?

L’épisode des bateaux ne permet évidemment pas de conclure que le même scénario se reproduira avec la SOTEXKI. Les deux dossiers sont différents.

Mais il rappelle une réalité fondamentale de la gestion des investissements publics : un financement important ne suffit pas à garantir qu’un projet répondra correctement aux besoins auxquels il est destiné.

Les études préalables, la connaissance du terrain, la définition précise des besoins, les spécifications techniques et l’évaluation de la viabilité sont autant d’étapes qui peuvent sembler ralentir un projet.

Pourtant, elles peuvent aussi permettre d’éviter des dépenses supplémentaires, des corrections coûteuses ou des équipements inadaptés.

Dans le cas de la SOTEXKI, cette question est d’autant plus importante que des fonds publics ont déjà été mobilisés pour sa relance et que leur utilisation a fait l’objet de débats et de demandes d’éclaircissements au Parlement.

Pour Kisangani, réussir vaut mieux que simplement financer

La population de Kisangani attend depuis longtemps le redémarrage effectif de la SOTEXKI. L’enjeu dépasse donc les querelles politiques.

Ce qui compte, au final, ce n’est pas seulement l’annonce d’un nouveau financement, mais la capacité de ce financement à produire une véritable activité industrielle, des emplois et une entreprise économiquement viable.

L’affaire des bateaux devrait ainsi servir de rappel : avant de mettre davantage d’argent sur la table, il faut être certain de connaître précisément le besoin, les contraintes et les conditions de réussite.

Pour la SOTEXKI, le débat pourrait donc être reformulé en une seule question :

Faut-il d’abord financer la relance, ou d’abord sécuriser les conditions de sa réussite ?

La réponse à cette question déterminera peut-être la différence entre une nouvelle dépense publique et une véritable renaissance industrielle de Kisangani.

La Rédaction — CÂBLE INFO ⭕️

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