TSHOPO : « JE N’AI JAMAIS DÉTOURNÉ UN SEUL ROND » PAULIN LENDONGOLIA DÉFEND SON BILAN, DÉVOILE SES CHIFFRES ET TRACE SES PRIORITÉS

Devant l’Assemblée provinciale, le gouverneur de la Tshopo a répondu aux préoccupations soulevées par le député provincial Senold Tandia Akomboyo. Routes, finances publiques, Ebola, sécurité, agriculture, industrialisation, emploi des jeunes et gouvernance : Paulin Lendongolia Lebabonga a présenté les explications de son exécutif, défendu les actions engagées et annoncé plusieurs mesures pour la suite de son mandat.

La gestion de la province de la Tshopo était au cœur de la séance de questions orales avec débat organisée ce mardi 27 octobre 2026 à l’Assemblée provinciale. Face aux préoccupations du député provincial Senold Tandia Akomboyo, le gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga a abordé plusieurs dossiers majeurs touchant à la vie quotidienne des habitants, à la gestion des finances publiques, à la sécurité et aux perspectives de développement de la province.

À travers ses réponses, le chef de l’exécutif provincial a voulu apporter des éclaircissements sur les projets en cours, les difficultés rencontrées, les ressources mobilisées et les mesures envisagées. Son intervention s’est articulée autour d’un objectif central : défendre son bilan tout en présentant les chantiers sur lesquels son gouvernement entend poursuivre son action.

1. Routes : le gouverneur défend sa gestion et détaille l’état des chantiers

La question des infrastructures routières a occupé une place importante dans les échanges. Les axes Kisangani–Opala, Kisangani–Ubundu et Kisangani–Banalia, ainsi que les routes urbaines de Lubunga, figurent parmi les projets évoqués.

Concernant la route Kisangani–Opala, longue d’environ 309 kilomètres, le gouverneur a fait état d’un contrat de 12,26 millions de dollars américains, avec 3,68 millions de dollars décaissés, soit environ 30 % du montant annoncé. Le taux d’exécution physique présenté dans son intervention s’établirait à 10,5 %.

Pour l’axe Kisangani–Ubundu, long de 128 kilomètres, il a évoqué un contrat de 4,95 millions de dollars et un taux d’exécution physique de 60,35 %, tout en faisant état de difficultés liées au paiement des travaux.

Sur Kisangani–Banalia, le gouverneur a également présenté les données financières et l’état d’avancement du chantier, en soulignant les contraintes rencontrées dans l’exécution des travaux.

Sa défense repose notamment sur la distinction entre les fonds effectivement décaissés, l’exécution physique des travaux et les responsabilités des différents intervenants.

Sur les accusations de détournement liées à certains marchés routiers, Paulin Lendongolia a opposé un démenti catégorique :

« Je n’ai jamais détourné un seul rond de tous ces marchés. »

Il a affirmé être disposé à mettre à la disposition de la commission compétente les documents nécessaires à l’examen des dossiers, notamment les contrats, les ordres de paiement et les relevés bancaires.

Concernant les routes urbaines de Lubunga, lancées en avril 2026, il a reconnu la lenteur des travaux et indiqué que des échanges avaient eu lieu avec le Bureau central de coordination (BCECO) afin de rechercher une solution.

2. Finances publiques : des arriérés et des engagements présentés par l’exécutif

Sur la situation financière de la province, le gouverneur a présenté des chiffres relatifs aux dettes héritées et aux paiements effectués par son administration.

Selon les données exposées, les engagements historiques concernés représenteraient environ 7,097 milliards de francs congolais, sur lesquels quelque 2,352 milliards de francs congolais auraient été payés, soit environ 33,15 %.

Le dossier EquityBCDC a également été abordé. Le gouverneur a évoqué des paiements réalisés en plusieurs tranches, dont un montant de 366,3 millions de francs congolais réparti sur sept échéances dans le cadre d’un réaménagement de la dette. Il a présenté un montant global de 447,2 millions de francs congolais en tenant compte des paiements antérieurs mentionnés.

Dans le domaine fiscal, il a défendu les mesures de modernisation du recouvrement, l’amélioration des fichiers des contribuables et le recours aux moyens de paiement numériques, notamment M-Pesa, Orange Money et Airtel Money.

L’objectif affiché est de mieux identifier les recettes publiques, de réduire les possibilités de fraude et de renforcer les capacités financières de la province.

Le gouverneur a également reconnu les préoccupations liées à la rémunération des agents et aux arriérés de salaires. Il a affirmé que des efforts avaient été réalisés pour améliorer la situation et a réitéré son intention de tendre vers des paiements plus réguliers.

3. Gouvernance : contrôles renforcés, audits et sanctions annoncées

Sur la gestion administrative, Paulin Lendongolia a mis en avant le renforcement des mécanismes de contrôle interne, le suivi des dépenses publiques et le rôle de l’Inspection provinciale des finances.

Il a évoqué la centralisation du suivi des décisions prises en Conseil des ministres, avec l’identification des responsables chargés de leur exécution, des tableaux de suivi et des réunions techniques périodiques.

Le gouverneur a également indiqué que les édits provinciaux et les recommandations de l’Assemblée faisaient l’objet d’un mécanisme de suivi à travers le secrétariat exécutif et les feuilles de route des ministres.

Concernant les soupçons de corruption ou de mauvaise gestion, il a mentionné des mesures disciplinaires, des suspensions ou révocations, ainsi que des transmissions de dossiers à la justice lorsque les circonstances le justifient.

Son message est celui d’une administration appelée à rendre compte de ses actes et à respecter les règles de gestion publique.

4. Ebola : la riposte sanitaire parmi les urgences provinciales

La lutte contre Ebola a constitué l’un des volets les plus sensibles de l’intervention. Le gouverneur a présenté une situation épidémiologique arrêtée au 11 octobre 2026, faisant état de 59 cas confirmés, 29 guérisons, 24 décès, six cas actifs et un cas probable, avec sept zones de santé affectées.

Ces chiffres ont été présentés par l’autorité provinciale au cours de son intervention.

Face à la progression de la maladie, il a insisté sur le renforcement de la sensibilisation, la sécurisation des équipes de riposte, la désinfection des lieux publics et des moyens de transport, ainsi que le contrôle sanitaire aux points d’entrée de la province.

Il a également évoqué des mesures visant à mieux encadrer le transfert des corps, à renforcer les gestes barrières et à organiser la vaccination ciblée des personnes exposées dans le cadre de la riposte.

Le gouverneur a appelé à la responsabilité collective, en soulignant que l’efficacité des mesures sanitaires dépend aussi du comportement de la population.

5. Sécurité : « Yeba Voisin », patrouilles mixtes et lutte contre les barrières illégales

Sur le plan sécuritaire, Paulin Lendongolia a défendu les actions engagées par les services compétents, citant notamment la redynamisation du comité provincial de sécurité, la stratégie communautaire « Yeba Voisin », les patrouilles mixtes et la collaboration entre la Police nationale congolaise, les FARDC et la population.

Il a également abordé les tensions entre les communautés Mbole et Lengola, en mettant en avant les démarches de dialogue, de réconciliation et de consolidation de la paix.

Les barrières illégales et les tracasseries routières ont fait l’objet d’un engagement ferme. Le gouverneur a annoncé une politique de tolérance zéro, reposant sur des missions mixtes d’inspection, le démantèlement des barrières irrégulières et des sanctions à l’encontre des agents impliqués.

Des opérations dans plusieurs territoires, notamment Bafwasende, Banalia, Basoko, Isangi, Opala, Ubundu et Yahuma, ont été évoquées, de même que des interventions à Kisangani.

Il a par ailleurs reconnu que la situation sécuritaire demeurait soumise à des menaces, notamment dans un contexte régional marqué par les conflits armés.

6. Assainissement et lutte contre les stupéfiants : des mesures annoncées

La salubrité publique figure également parmi les priorités présentées par le gouverneur. Il a annoncé un plan d’assainissement systématique et la réorganisation de la Brigade provinciale d’hygiène et d’assainissement.

Les opérations annoncées concernent notamment les écoles, les universités, les marchés, les ports, les espaces publics et les toilettes publiques, avec des actions de nettoyage, de désinfection, de réparation et de contrôle.

Le gouverneur a insisté sur la responsabilité des gestionnaires des espaces concernés et sur la possibilité de sanctions administratives en cas de manquements.

Concernant la consommation et la circulation du tramadol et d’autres substances, il a annoncé une action contre les réseaux d’importation, de distribution et de vente, accompagnée de mesures de prévention, de réinsertion et d’encadrement des jeunes par le sport, la formation et l’emploi.

7. Agriculture : des intrants, du matériel et des pistes de desserte agricole

Pour répondre aux enjeux de sécurité alimentaire et de développement rural, le gouverneur a présenté plusieurs actions agricoles menées dans le cadre des programmes provinciaux, dont le PAIVA.

Les quantités annoncées comprennent notamment :

  • 942 000 mètres linéaires de boutures de manioc ;
  • 200 000 kilogrammes de maïs ;
  • 220 000 kilogrammes de riz paddy ;
  • 40 000 kilogrammes de légumineuses ;
  • 4 000 tonnes d’engrais, réparties entre NPK et urée ;
  • cinq tracteurs avec accessoires, sept motos et des kits d’outillage agricole.

L’exécutif provincial a également évoqué le développement de pépinières et la distribution de plants de cacao, de café et de palmier à huile, ainsi que la réhabilitation annoncée de 30 kilomètres de routes de desserte agricole.

Le gouverneur a présenté ces interventions comme des leviers pour accroître la production, soutenir les agriculteurs et améliorer l’accès des produits aux marchés.

Sur le plan forestier, il a cité les démarches relatives aux concessions forestières des communautés locales. Les nombres de titres et les différentes étapes de leur signature méritent toutefois d’être rapprochés des documents administratifs de référence avant toute présentation définitive.

8. Industrialisation : transformer les ressources locales en emplois

Le gouverneur a défendu une vision économique fondée sur la transformation locale des ressources de la Tshopo, afin que la province ne se limite pas à produire des matières premières.

Parmi les projets évoqués figurent les zones économiques spéciales de Bengamisa et Wanierukula, un site destiné à une unité de transformation agricole à Akodale, des installations de transformation et de stockage du riz à Yanfira, ainsi qu’un complexe agroalimentaire à Lotokila.

Il a aussi mentionné des perspectives de transformation des oléagineux dans les territoires d’Isangi, d’Ubundu, de Banalia et d’Opala, le développement de l’industrie du bois et la production de matériaux de construction.

Cette orientation vise à favoriser la création de valeur ajoutée dans la province, à stimuler les investissements et à offrir davantage de débouchés professionnels aux jeunes.

9. Investissements et commerce : améliorer le climat des affaires

Pour attirer les investisseurs, l’exécutif provincial a présenté plusieurs mesures : identification des opérateurs économiques, dialogue avec les secteurs du pétrole, du ciment et des produits alimentaires, et mise en place d’un dispositif consacré au climat des affaires et à la promotion des investissements.

Le gouverneur a également évoqué l’acquisition d’un site destiné à la Foire internationale de Kisangani, l’organisation future d’un forum économique et la préparation d’outils de planification commerciale.

La question des prix des produits de première nécessité a été abordée à travers les échanges avec les opérateurs économiques, les mesures fiscales envisagées et la perspective d’une cellule de suivi des prix accompagnée d’une liste officielle.

L’exécutif souhaite également faciliter l’accès des petites et moyennes entreprises au financement et simplifier certaines procédures administratives et fiscales.

10. Entreprises locales et marchés publics : favoriser les compétences congolaises

Le gouverneur a défendu le principe d’une plus grande participation des entreprises congolaises, particulièrement celles de la Tshopo, aux marchés publics et aux projets de développement.

Il a évoqué la transparence des procédures de passation des marchés, la publication des plans de passation et des appels d’offres, ainsi que le rôle des structures compétentes dans le suivi des contrats.

En matière de sous-traitance, il a insisté sur la nécessité de faire respecter la législation et d’éviter que les sous-traitants locaux soient contraints de préfinancer intégralement des contrats sans mécanisme de paiement adapté.

L’exécutif entend ainsi favoriser une participation plus équitable des opérateurs locaux, tout en encourageant le recrutement des jeunes de la province dans les projets économiques.

Des mesures d’accompagnement des nouvelles entreprises, notamment des allègements fiscaux envisagés et un accès élargi au crédit, ont également été présentées.

11. Aide au développement : coordonner les partenaires autour des priorités provinciales

Sur la coopération avec les partenaires techniques et financiers, Paulin Lendongolia a évoqué la création du CAPCOSD-Tshopo, par arrêté provincial du 28 mai 2026, pour renforcer la coordination des interventions et leur alignement sur les priorités de la province.

Cette structure doit notamment contribuer à cartographier les projets, suivre les résultats et favoriser la cohérence entre les interventions des partenaires et les orientations provinciales.

Le gouverneur a cité plusieurs initiatives accompagnées avec Enabel, dont un débarcadère à Yanfira, un centre de santé à Timbo, un pont sur la rivière Kalia, des actions de santé communautaire et un centre consacré au miel.

Il a présenté cette coordination comme un moyen d’améliorer l’efficacité de l’aide et de mieux répondre aux besoins des populations.

12. Conditions de travail des institutions : bâtiments, véhicules et équipements

Le fonctionnement des institutions provinciales a également été abordé. Le gouverneur a évoqué l’amélioration des bureaux et des équipements, la mise à disposition de matériel informatique et de véhicules officiels, ainsi que la construction en cours d’un bâtiment de la Trésorerie provinciale de type R+3.

Il a également mentionné le renforcement des moyens de l’Assemblée provinciale, notamment à travers une augmentation de son allocation et la mise à disposition de cinq véhicules officiels pour le bureau.

Dans les territoires, des motos, des embarcations et des pirogues ont été citées parmi les moyens logistiques mobilisés.

Ces actions sont présentées par l’exécutif comme des mesures destinées à améliorer les conditions de travail et la capacité des institutions à assurer leurs missions.

13. Recherche scientifique : honorer la mémoire d’Ernest Botchoka

Le gouverneur a abordé la question de la recherche scientifique liée aux travaux d’Ernest Botchoka sur le Narcovirus. Il a exprimé sa volonté de préserver la propriété intellectuelle de ces recherches, en collaboration avec l’Université de Kisangani et la famille du chercheur.

Il a également évoqué la possibilité de promouvoir un fonds provincial de recherche biomédicale portant le nom d’Ernest Botchoka.

Cette proposition vise à valoriser la recherche locale et à encourager les initiatives scientifiques au sein de la province.

14. Jeunesse et entrepreneuriat : faire de l’emploi une priorité

La question de l’emploi des jeunes a été reliée au développement du secteur privé, à la transformation des produits locaux et à l’amélioration du climat des affaires.

Le gouverneur a défendu une approche reposant sur la formation, la valorisation des compétences locales, l’accompagnement des entrepreneurs et la participation des jeunes aux projets économiques.

Il a également évoqué des mesures destinées à faciliter la création d’entreprises locales, notamment des allègements fiscaux envisagés pour les nouvelles structures et l’amélioration de l’accès au financement.

L’objectif affiché est de faire du développement économique un levier d’insertion professionnelle et de réduction de la précarité.

15. FONAREV et protection sociale : réinsertion des déplacés et des enfants vulnérables

Sur les interventions du Fonds national de réparation des victimes (FONAREV), le gouverneur a rappelé que cet établissement public national dispose de son propre calendrier d’action.

Il a toutefois fait état d’un projet de réinsertion comprenant la construction annoncée de 3 000 logements pour d’anciens déplacés, ainsi que de démarches engagées avec les délégations concernées à Kisangani.

Concernant les enfants vivant dans la rue ou contraints à la mendicité, il a évoqué un programme de prise en charge fondé sur leur identification, la sensibilisation des familles, l’orientation vers des structures spécialisées et le retour à l’école ou à la formation professionnelle.

Ces mesures visent à apporter une réponse sociale durable aux situations de vulnérabilité.

16. Libertés publiques : le gouverneur défend le respect des institutions et de la loi

Interrogé sur la liberté d’expression et de réunion, Paulin Lendongolia a affirmé que ces libertés devaient être respectées, tout en rappelant que leur exercice devait s’inscrire dans le cadre légal.

Il a notamment dénoncé les propos qu’il considère comme relevant de l’injure ou de la diffamation à l’égard des autorités publiques et a évoqué les mises en garde relatives aux infractions commises sur les réseaux sociaux.

Cette position remet au centre du débat la question de l’équilibre entre la liberté d’expression, le respect de la loi et la responsabilité des acteurs publics comme des citoyens.

17. « TSHOPO MOSALA » : le gouverneur met en avant une vision globale du développement

En conclusion de son intervention, Paulin Lendongolia a défendu l’orientation générale de son action autour de la gouvernance, de l’économie, de la valorisation du capital naturel, des infrastructures, de l’environnement et du capital humain.

À travers le bilan présenté, l’exécutif provincial entend mettre en avant les efforts engagés dans les routes, l’agriculture, les finances publiques, la sécurité, la santé, l’assainissement et la création de conditions favorables à l’investissement.

Le gouverneur a également souligné l’importance du suivi administratif, de la coordination des partenaires et de la mobilisation des ressources provinciales pour soutenir les projets de développement.

Une défense du bilan, des engagements à évaluer

Au terme de cette séance, les réponses de Paulin Lendongolia ont permis de passer en revue une grande variété de dossiers, depuis les chantiers routiers jusqu’aux politiques sociales, en passant par la riposte contre Ebola, les finances publiques, la sécurité et l’industrialisation.

Le gouverneur a défendu sa gestion des ressources, rejeté les accusations de détournement qu’il a évoquées, présenté des chiffres sur plusieurs projets et annoncé des mesures destinées à améliorer le fonctionnement de l’administration et les conditions de vie des populations.

L’enjeu sera désormais de suivre la mise en œuvre effective des engagements annoncés, de confronter les données présentées aux documents administratifs disponibles et d’évaluer les résultats concrets sur le terrain.

Pour l’exécutif provincial, la ligne défendue reste celle de « TSHOPO MOSALA », avec la volonté affichée de faire de la gouvernance, de la production agricole, des investissements et de l’amélioration des services publics les principaux leviers du développement de la province.

YTC