Urbanisation à Kinshasa : Expo Béton appelle à repenser la croissance de la capitale

Invité de l’émission Parole aux auditeurs sur Radio Okapi, le secrétaire général d’Expo Béton RDC, Francis Useni, a alerté sur les défis liés à l’urbanisation rapide de Kinshasa. Il a notamment insisté sur la nécessité de renforcer la planification urbaine, de faire respecter les normes de construction et de responsabiliser aussi bien les citoyens que les services publics face au désordre urbain.

Expo Béton, un cadre de réflexion sur les villes congolaises

Au cours de son intervention, Francis Useni a présenté Expo Béton RDC comme un espace de réflexion consacré au développement et à la transformation des villes congolaises. L’organisation s’intéresse notamment à l’aménagement urbain, aux corridors de développement et aux zones économiques spéciales.

Elle réunit différents acteurs du secteur, notamment des urbanistes, architectes, ingénieurs, environnementalistes et autres spécialistes du développement urbain. Les décideurs publics sont également associés aux échanges afin que les recommandations techniques puissent être traduites en décisions et en politiques publiques.

Pour son secrétaire général, Expo Béton joue ainsi le rôle d’un véritable think tank qui accompagne les pouvoirs publics dans l’amélioration de la gouvernance urbaine et la réflexion sur les infrastructures, l’habitat et l’organisation des villes.

Kinshasa, « locomotive de la transformation des villes »

La douzième édition d’Expo Béton RDC est annoncée à Kinshasa du 7 au 10 octobre, sous le thème : « Kinshasa, locomotive de la transformation des villes de la RDC ».

Selon Francis Useni, ce choix se justifie par le statut particulier de Kinshasa, à la fois ville, province et capitale de la République démocratique du Congo. L’évolution de la capitale constitue, à ses yeux, un indicateur important de la dynamique de développement du pays.

La capitale connaît aujourd’hui un important essor immobilier, avec la multiplication des immeubles et la transformation de plusieurs quartiers. Mais cette dynamique, estime-t-il, doit être accompagnée d’une vision globale intégrant la mobilité, le logement, l’assainissement, l’accès à l’eau et à l’électricité ainsi que la protection de l’environnement.

Une croissance démographique plus rapide que les infrastructures

Francis Useni a insisté sur le déficit de planification qui accompagne l’expansion de Kinshasa. La capitale, qui comptait environ 400 000 habitants au moment de l’indépendance, en 1960, en accueille aujourd’hui plusieurs millions.

Cette croissance démographique a entraîné une forte augmentation des besoins en logements, routes, transports, écoles, structures sanitaires et services essentiels. Or, les infrastructures n’ont pas évolué au même rythme que la population.

Le secrétaire général d’Expo Béton a notamment cité l’exemple de la commune de la Gombe, anciennement appelée Kalina. De nombreuses villas et maisons basses qui caractérisaient autrefois certains quartiers ont progressivement laissé place à des immeubles de plusieurs étages.

Cette densification peut considérablement augmenter le nombre de ménages sur une même parcelle sans que les infrastructures environnantes soient adaptées. Routes, parkings, réseaux d’eau et d’électricité, systèmes d’assainissement et espaces verts peuvent ainsi se retrouver sous pression.

Pour Francis Useni, construire davantage de logements ne suffit donc pas à faire une ville. Chaque projet immobilier doit être pensé en fonction des infrastructures et des services indispensables à ses futurs occupants.

Des plans existent, mais leur application reste un défi

Le secrétaire général d’Expo Béton a reconnu que Kinshasa dispose déjà de documents et d’études d’aménagement, notamment le Schéma d’orientation stratégique de l’agglomération de Kinshasa.

Le problème ne réside donc pas uniquement dans l’absence de planification, mais également dans la difficulté à appliquer effectivement les plans élaborés.

« Une ville doit d’abord être pensée, conçue, organisée et structurée avant d’être construite », a, en substance, expliqué Francis Useni, mettant en garde contre une urbanisation qui se développe sans cohérence avec les infrastructures disponibles.

Démolitions : au-delà de l’émotion, rechercher les causes

Interrogé sur les récentes opérations de démolition à Kinshasa, Francis Useni a appelé à dépasser les seules réactions émotionnelles pour s’intéresser aux causes profondes du phénomène.

Il a évoqué les constructions réalisées sur des emprises publiques, des collecteurs, des ouvrages d’assainissement, des espaces réservés aux activités sportives ou encore dans des vallées, des lits de rivières et des zones exposées aux inondations.

Selon lui, ces occupations irrégulières compromettent le fonctionnement de la ville et peuvent exposer les populations à des risques importants.

Le manque de logements et l’insuffisance de l’offre immobilière peuvent pousser certaines familles à s’installer dans des zones inappropriées. Mais, estime-t-il, le besoin de se loger ne peut justifier l’occupation d’espaces dangereux ou réservés à des ouvrages d’intérêt public.

Les services publics également interpellés

Francis Useni a par ailleurs souligné la responsabilité des services de l’État dans la délivrance des autorisations et documents liés aux constructions.

Lorsqu’une personne bâtit dans une zone non constructible, il faut également s’interroger sur la manière dont elle a obtenu les documents lui permettant de réaliser son projet, a-t-il fait remarquer.

La responsabilité du désordre urbain est donc, selon lui, partagée entre les citoyens qui acquièrent des terrains sans en vérifier le statut et les agents publics qui peuvent délivrer ou tolérer des documents irréguliers.

Il plaide ainsi pour une responsabilisation accrue de l’administration, mais également pour une meilleure sensibilisation de la population.

Les auditeurs dénoncent les failles du système

Les interventions des auditeurs de Radio Okapi ont également mis en évidence plusieurs difficultés : désordre dans certains services cadastraux et fonciers, occupation du domaine public, constructions dans des zones à risque, insuffisance des contrôles techniques et faiblesse du suivi des chantiers.

Certains ont appelé au renforcement des services d’inspection, à une meilleure collaboration entre les ministères concernés et à la réalisation d’expertises techniques sérieuses avant toute construction.

La question de l’entretien des infrastructures publiques a également été soulevée. Plusieurs écoles, bâtiments administratifs et autres ouvrages de l’État, notamment à l’intérieur du pays, seraient confrontés à un important problème de maintenance.

Vers une meilleure coordination des pouvoirs publics

Pour répondre durablement aux défis de l’urbanisation, les différents intervenants ont insisté sur la nécessité d’une action coordonnée entre les ministères et services concernés, notamment ceux de l’Urbanisme et de l’Habitat, des Affaires foncières, de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et de l’Intérieur.

Cette coordination devrait permettre de renforcer l’application des textes, d’améliorer le contrôle des constructions et de prévenir les risques liés notamment aux inondations, aux érosions et aux effondrements.

Repenser la ville avant de la construire

Au terme de son intervention, Francis Useni a défendu l’idée d’une transformation urbaine fondée sur la planification, le respect des normes et l’adaptation des infrastructures à la croissance démographique.

Pour Expo Béton RDC, le développement immobilier de Kinshasa constitue une opportunité, mais celle-ci ne pourra être durable que si elle s’accompagne d’une gouvernance urbaine plus rigoureuse.

La capitale congolaise ne pourra véritablement jouer son rôle de « locomotive de la transformation des villes de la RDC » que si la construction, l’aménagement du territoire, les infrastructures et les services publics évoluent dans une même direction.

Chad⭕️

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