Kinshasa, 7 octobre 2026 | La 12ᵉ édition d’Expo Béton RDC s’est ouverte officiellement ce mercredi 7 octobre 2026 à Kinshasa, dans l’immeuble The Grand Résidence, à Gombe, en présence du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Placée sous le thème « Kinshasa, locomotive de la transformation des villes de la République démocratique du Congo », cette nouvelle édition entend placer l’aménagement urbain, les infrastructures, le foncier, la mobilité et la construction durable au cœur des priorités nationales.
Dans son discours d’ouverture, Jean Bamanisa Saïdi, initiateur d’Expo Béton, a salué la présence du chef de l’État, estimant qu’elle constitue une reconnaissance envers un secteur qui, selon lui, a longtemps travaillé sans bénéficier d’une attention suffisante.
« Votre présence honore une filière qui a longtemps travaillé sans être regardée. Je vous en remercie au nom de tous les participants de ce pays », a déclaré Jean Bamanisa.
Faire d’Expo Béton un espace de dialogue entre l’État et le secteur privé
Revenant sur l’histoire de la manifestation, Jean Bamanisa a rappelé qu’Expo Béton est née en 2016 et qu’en douze éditions, elle a accueilli plus de 30 000 visiteurs, tandis que plusieurs dizaines de milliers de personnes suivent ses activités en ligne.
Pour lui, Expo Béton ne se limite pas à la promotion de la construction des bâtiments. La plateforme entend contribuer à une réflexion plus large sur l’organisation et le développement des villes congolaises.
« Nous ne militons pas seulement pour les bâtiments bas ou hauts. Nous militons pour que soient créées des directions de la construction au ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, pour mieux encadrer ce pilier essentiel de notre économie », a-t-il expliqué.
Il a également insisté sur la nécessité de mieux répartir les richesses entre les villes et les campagnes et de renforcer le rôle du secteur privé dans le développement des infrastructures.
« Expo Béton est le lieu où le secteur se constate et où l’État vient l’entendre », a-t-il affirmé, en citant notamment les enjeux liés à l’aménagement du territoire, au foncier, à l’urbanisme, aux infrastructures, aux normes et à la planification des espaces urbains.
Kinshasa 2050 en ligne de mire
Pour Jean Bamanisa, le thème de cette 12ᵉ édition ne relève pas d’une simple formule. Le dispositif installé sur le site de l’Expo Béton constitue, selon lui, une première illustration d’une nouvelle manière de penser la ville.
« Cette douzième édition porte un thème : Kinshasa, locomotive de la transformation des villes de la République. Et ce terme, nous ne l’avons pas seulement écrit, nous l’avons bâti », a-t-il déclaré.
Il considère ainsi le site de cette édition comme « une amorce de Kinshasa 2050 », notamment à travers la transformation d’un espace de stationnement en salle de conférences et d’exposition.
Les quatre jours de travaux seront consacrés à plusieurs problématiques, notamment le financement, le foncier et le cadastre, les normes et le contrôle technique, l’urbanisme, le rôle des ingénieurs, architectes, urbanistes et géomètres, mais également les corridors énergétiques et hydrauliques, l’assainissement ainsi que la formation des ouvriers.
À l’issue de ces travaux, des recommandations doivent être remises à la Première ministre. Jean Bamanisa a précisé qu’il ne s’agira pas d’un simple compte rendu, mais de recommandations accompagnées de leurs destinataires et de leurs échéances.
Il a également annoncé la formulation des termes d’un pacte national pour les infrastructures et la transformation des villes, associant l’État, les provinces, les villes, le secteur privé, les banques, les corps de métiers et les partenaires techniques.
Urbanisation et gestion des eaux : l’urgence d’une planification cohérente
Une importante partie du discours de Jean Bamanisa a été consacrée aux problèmes d’urbanisation et de gestion des eaux à Kinshasa.
Il a notamment plaidé pour une clarification de la tutelle, des missions et des moyens du Bureau d’études et d’aménagement urbain (BDEAU), estimant que la maîtrise des risques d’inondation nécessite « une seule chaîne de responsabilité : planifier, protéger les espaces d’écoulement, dimensionner, contrôler et entretenir ».
Selon lui, l’État ne doit pas nécessairement se substituer au secteur privé dans la construction immobilière, mais doit garantir la disponibilité d’espaces viabilisés et d’infrastructures adaptées.
« L’État n’a pas construit les immeubles, le privé le fait. Il doit s’occuper des espaces viabilisés et construire les types de réseaux, voiries et normes, drainage, eau et électricité. C’est là que l’argent public produit le plus d’effets », a-t-il soutenu.
Il a par ailleurs dénoncé l’urbanisation spontanée qui caractérise certains quartiers de Kinshasa, avec des rues insuffisamment dimensionnées, des emprises publiques occupées et une absence d’espace pour les canalisations, les piétons, les espaces verts ou encore le drainage.
« Bétonner, ce n’est pas un choix d’esthétique, c’est un choix de gouvernance »
Jean Bamanisa a également insisté sur la question de la durabilité des infrastructures routières. Il a déploré le fait que certaines routes soient régulièrement reconstruites après quelques années, notamment en raison des effets des saisons pluvieuses.
Pour lui, le choix des matériaux doit désormais être guidé par la durabilité et la maîtrise des coûts à long terme.
« Bétonner, ce n’est pas un choix d’esthétique, c’est un choix de gouvernance », a-t-il déclaré.
Il a plaidé pour que chaque kilomètre de route livré soit accompagné d’un dossier technique comprenant notamment les caractéristiques de la chaussée, les matériaux utilisés, les résultats des essais de laboratoire ainsi que le plan et le coût de son entretien.
Cette exigence, selon lui, permettrait à l’État de mieux documenter ses infrastructures et de renforcer le contrôle de la qualité des ouvrages.
Quatre propositions de loi au Sénat
Jean Bamanisa a également évoqué les initiatives qu’il porte au Parlement. Il a annoncé avoir déposé au Sénat quatre propositions de loi portant notamment sur les principes fondamentaux des travaux publics et des infrastructures, les principes fondamentaux de l’urbanisme et de la construction ainsi que l’institution d’un Ordre national des urbanistes.
Il a expliqué ne pas vouloir développer ces textes dans le cadre de cette cérémonie, estimant que le travail issu des échanges d’Expo Béton pourra être davantage utile au Parlement.
La formation des ouvriers au cœur de la transformation
Autre priorité mise en avant : la valorisation des compétences nationales dans les métiers du bâtiment, des travaux publics et des mines.
Jean Bamanisa a annoncé que les équipes d’Expo Béton ont élaboré 244 référentiels des métiers dans ces secteurs. Le document a, selon lui, été remis au ministre d’État chargé de la Formation professionnelle.
Il souhaite notamment voir se développer la validation des acquis de l’expérience et renforcer la qualification des travailleurs intervenant sur les chantiers.
« Nous poursuivrons aussi, comme promis aux éditions passées, la mise en place du cadre de suivi entre le gouvernement et le secteur », a-t-il annoncé.
Un rendez-vous qui se veut constructif
En conclusion, Jean Bamanisa a présenté Expo Béton comme un espace de travail et non comme une structure de complaisance ou de contestation.
« Expo Béton n’est pas une cellule de complaisance et n’est pas davantage une cellule de contestation. C’est un lieu de travail pour des gens qui construisent des villes », a-t-il souligné.
Après Kinshasa, l’organisation annonce déjà la prochaine étape : Expo Béton mettra le cap sur Mbuji-Mayi en mai 2027, poursuivant ainsi sa démarche de réflexion sur la transformation et le développement des villes congolaises.
Cette 12ᵉ édition se veut ainsi un cadre de dialogue entre pouvoirs publics et acteurs du secteur de la construction, avec l’ambition de faire de Kinshasa un point de départ pour une transformation plus structurée, durable et coordonnée des villes de la RDC.
CYT



