Kinshasa, 8 octobre 2026 |La numérisation du cadastre, la souveraineté des données et l’extension de la connectivité aux zones rurales constituent des leviers essentiels pour réussir la réforme foncière en République démocratique du Congo. C’est le message défendu par Maître Dominique Migisha, coordonnateur de l’Agence pour le développement du numérique (ADN), lors du panel organisé au deuxième jour de la 12ᵉ édition d’Expo Béton 2026.
Les échanges ont porté sur le thème : « Aménagement du territoire, sécurisation foncière et numérisation du cadastre pour garantir les investissements immobiliers à Kinshasa : quel avenir pour les communes de la N’sele, Maluku et Mont-Ngafula ? »
Le numérique, un pilier de la réforme foncière
Dans son intervention, Dominique Migisha a souligné que la réforme foncière ne peut aboutir sans une maîtrise fiable des données relatives à la propriété immobilière. Selon lui, la numérisation doit permettre de mieux identifier les propriétaires, de sécuriser les titres fonciers et d’améliorer la gestion de l’information cadastrale.
Il a rappelé que cette transformation s’inscrit dans la vision du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui entend faire du numérique un levier du développement socio-économique du pays.
À cet effet, il a évoqué deux textes fondamentaux : la loi modificative de la législation sur les télécommunications, promulguée en novembre 2020, et le Code du numérique, promulgué en mars 2023.
Pour le coordonnateur de l’ADN, ce cadre juridique constitue un socle indispensable à la modernisation du secteur foncier, notamment en matière de protection des données personnelles, de sécurité des systèmes informatiques et de souveraineté numérique.
La souveraineté des données au cœur des préoccupations
Dominique Migisha a particulièrement insisté sur la nécessité de protéger les données foncières contre les risques d’accès non autorisé et de dépendance à l’égard d’infrastructures étrangères.
Il a notamment évoqué les enjeux liés à l’hébergement des données sur des plateformes étrangères, rappelant que certaines législations, comme le Cloud Act américain, peuvent permettre aux autorités américaines d’obtenir des données détenues par des entreprises soumises à leur juridiction.
Dans ce contexte, il a défendu le principe d’un hébergement des données sensibles sur le territoire congolais, au moyen d’infrastructures souveraines et sécurisées.
Il a également annoncé que l’ordonnance portant création de l’Agence nationale de cybersécurité avait été signée, précisant que la mise en place de cette structure devrait contribuer à renforcer la protection des systèmes numériques et des titres fonciers dématérialisés.
« Même les systèmes informatiques peuvent être piratés », a-t-il rappelé en substance, soulignant que la dématérialisation des titres doit impérativement s’accompagner de protocoles techniques rigoureux.
Une coordination indispensable entre les ministères
Au-delà des questions de sécurité, le coordonnateur de l’ADN a plaidé pour une meilleure coordination entre les administrations publiques engagées dans leur transformation numérique.
Il a notamment souligné l’importance de l’interconnexion entre les Affaires foncières et le ministère des Finances. À ses yeux, les données cadastrales pourraient contribuer à améliorer l’identification des biens immobiliers et à renforcer la mobilisation des recettes publiques, notamment celles issues de la fiscalité foncière.
Il a également évoqué la nécessité de développer des passerelles entre les différents systèmes d’information de l’État afin d’éviter la fragmentation des initiatives numériques.
Dans cette perspective, il a rappelé le rôle stratégique de l’ADN, présentée comme une structure interministérielle chargée d’accompagner la planification et la mise en cohérence des politiques publiques numériques.
Connecter les zones rurales pour garantir l’inclusion numérique
Autre enjeu majeur soulevé par Dominique Migisha : la réduction de la fracture numérique, particulièrement dans les zones rurales et les territoires insuffisamment desservis par les réseaux de télécommunications.
Il a rappelé que les opérateurs privés privilégient souvent les zones à forte rentabilité économique, laissant certaines communautés à l’écart des infrastructures de connectivité.
Pour répondre à cette situation, il a mis en avant le Fonds de service universel, destiné à soutenir le déploiement des infrastructures de télécommunications dans les zones dites blanches, où l’accès à Internet et aux services numériques demeure limité.
Selon son exposé, les opérateurs télécoms réaliseraient environ 2,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires, dont une contribution de 3 % représenterait théoriquement 75 millions de dollars. Il a estimé que la mobilisation effective de ces ressources pourrait financer, sur plusieurs années, l’extension de la connectivité aux populations rurales.
Cette couverture numérique est essentielle, a-t-il expliqué, pour permettre aux citoyens d’accéder aux futurs services publics dématérialisés, indépendamment de leur lieu de résidence.
Vers des services publics numériques accessibles à tous
Dominique Migisha a enfin inscrit la réforme foncière dans une transformation plus large de l’administration congolaise, évoquant plusieurs piliers de la vision « Nation digitale 2030 », notamment les infrastructures, le capital humain, l’inclusion numérique, la cybersécurité et les services publics numériques.
Il a cité le développement d’un cloud souverain ainsi que le lancement du tiers payant ?
Un enjeu stratégique pour l’avenir immobilier de Kinshasa
À travers cette intervention, le coordonnateur de l’ADN a rappelé que la modernisation du cadastre ne saurait se limiter à la numérisation des documents existants. Elle suppose également des infrastructures fiables, une protection rigoureuse des données, une coordination entre les institutions et un accès équitable aux services numériques.
Pour les communes de la N’sele, de Maluku et de Mont-Ngafula, au cœur des discussions d’Expo Béton 2026, ces évolutions représentent des enjeux importants pour la sécurisation des droits fonciers, l’amélioration de la gouvernance territoriale et la confiance des investisseurs immobiliers.
La réussite de cette transformation dépendra ainsi de la capacité de l’État à associer réforme juridique, innovation technologique, cybersécurité et inclusion numérique.
CYT

