KINSHASA, 12 OCTOBRE 2026 | L’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila Kabange, est annoncé à la tête du Front pour la refondation de la Nation (FRN), un nouveau mouvement politico-militaire dont la création a été proclamée ce lundi à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu. La déclaration, lue par Claude Ibalanky, ancien ambassadeur itinérant du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre l’ancien chef de l’État et les responsables de l’AFC/M23.
Cette annonce remet au premier plan les accusations formulées depuis plusieurs mois par le président Félix Tshisekedi, qui présentait déjà son prédécesseur comme le véritable commanditaire de la rébellion. Elle donne également un relief particulier aux informations contenues dans le rapport des experts des Nations unies, qui avaient évoqué, avant même la création du FRN, une restructuration de l’AFC/M23 susceptible de placer Joseph Kabila à un niveau central de responsabilité.
Du retour annoncé en 2025 au rapprochement avec l’AFC/M23
Après une longue période de retrait de la scène politique, Joseph Kabila annonce, en avril 2025, sa décision de rentrer en République démocratique du Congo, dans un contexte marqué par la dégradation de la situation sécuritaire et politique du pays. Il affirme vouloir contribuer à la recherche d’une solution à la crise nationale.
Son retour intervient alors que l’AFC/M23 étend son contrôle sur plusieurs territoires stratégiques de l’Est, notamment Goma et Bukavu. Des informations font état de sa présence dans des zones contrôlées par la rébellion, après un passage signalé à Kigali.
Au fil des mois, les relations entre l’ancien président et les responsables de l’AFC/M23 deviennent un sujet central du débat politique congolais. Dans son rapport final publié en juin 2026, le Groupe d’experts des Nations unies fait état de déplacements de Joseph Kabila dans des territoires contrôlés par le mouvement à partir de mai 2025, ainsi que de rencontres avec plusieurs de ses hauts responsables.
Ces rapprochements renforcent les soupçons de Kinshasa concernant le rôle de l’ancien chef de l’État dans la crise sécuritaire. Joseph Kabila et son entourage rejettent toutefois les accusations les liant à la rébellion.
En septembre 2025, la Haute Cour militaire congolaise le condamne à mort par contumace, notamment pour trahison et participation à l’insurrection, dans une procédure liée aux accusations de collaboration avec l’AFC/M23. L’ancien président conteste ces accusations et dénonce une procédure à caractère politique.
Tshisekedi avait déjà désigné Kabila comme le « véritable commanditaire »
Bien avant l’annonce du FRN, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo avait publiquement mis en cause son prédécesseur. Le 14 février 2025, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, en Allemagne, le président congolais avait accusé Joseph Kabila d’être le véritable commanditaire de l’opposition armée qui déstabilise la RDC.
« Le vrai commanditaire de cette opposition, c’est mon prédécesseur, c’est Joseph Kabila. Mais il ne l’avoue pas, il n’assume pas ses actions », avait déclaré Félix Tshisekedi, selon Radio Okapi et Actualité.cd.
Le chef de l’État accusait alors son prédécesseur de s’être associé au Rwanda et au M23 dans une entreprise visant à faire tomber le pouvoir par la force. Ces déclarations avaient suscité une réaction immédiate du camp Kabila. Ferdinand Kambere, cadre du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), avait rejeté les accusations présidentielles et dénoncé une tentative de détourner l’attention de la crise sécuritaire.
À l’époque, ces accusations relevaient d’une confrontation politique majeure et étaient contestées par le camp de l’ancien président.
Aujourd’hui, l’annonce de la création du FRN, avec Joseph Kabila à sa tête et plusieurs responsables de l’AFC/M23 dans son organigramme, donne une nouvelle dimension à ces déclarations. Pour les autorités de Kinshasa, cette évolution renforce les interrogations sur le rôle politique de l’ancien président dans la crise de l’Est.
Il convient néanmoins de distinguer cette nouvelle désignation, désormais annoncée publiquement, des accusations portant sur son rôle exact dans la préparation et la conduite des opérations de la rébellion avant octobre 2026.
Le rapport de l’ONU avait déjà signalé une restructuration imminente
L’un des éléments les plus significatifs de cette évolution figure dans le rapport final du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, daté du 11 juin 2026 et publié dans les médias au début du mois de juillet.
Les experts rapportaient que plusieurs sources au sein de l’AFC/M23 et des services de renseignement leur avaient indiqué qu’une restructuration importante de la direction et de l’organisation du mouvement était imminente. Cette réorganisation pouvait notamment comprendre un changement de nom et l’attribution à Joseph Kabila d’un rôle de premier plan.
Le rapport relevait également que les liens publics entre l’ancien président et l’AFC/M23 s’étaient progressivement resserrés. Les enquêteurs décrivaient des rencontres avec des hauts responsables du mouvement et des déplacements de Kabila dans des territoires sous son contrôle.
Selon l’analyse présentée par les experts, la montée en influence de Joseph Kabila pouvait contribuer à donner à la rébellion une image davantage congolaise, alors que Kinshasa et les Nations unies accusent le Rwanda de soutenir le M23. Kigali rejette ces accusations.
Les experts signalaient néanmoins des divergences internes. Joseph Kabila et Corneille Nangaa étaient présentés comme partageant des ambitions politiques visant Kinshasa, tandis qu’une partie des dirigeants du M23 se montrait réticente à une extension des opérations militaires au-delà du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Le rapport faisait également état d’une méfiance de Sultani Makenga envers Joseph Kabila.
La création du FRN, le 12 octobre, fait ainsi écho à un scénario de restructuration que les experts avaient déjà évoqué plusieurs mois auparavant. Cette concordance constitue un élément important pour comprendre la nouvelle architecture annoncée à Goma.
De l’opposition politique à l’hypothèse d’une direction commune
En mars 2026, Joseph Kabila réaffirme son opposition au pouvoir de Félix Tshisekedi. Sa plateforme politique, « Sauvons la RDC », appelle à un changement de régime, une orientation que les experts de l’ONU rapprochent des objectifs politiques attribués à certains responsables de l’AFC/M23.
En juillet 2026, les déclarations de Corneille Nangaa relancent publiquement la question du rôle que l’ancien président pourrait jouer au sein de la coalition. Des médias congolais rapportent alors que le responsable de l’AFC évoque la possibilité de voir Joseph Kabila prendre les commandes du mouvement.
Cette évolution fait passer le débat d’une série d’accusations et de soupçons sur les relations entre acteurs politiques et responsables rebelles à la perspective d’une direction politique plus clairement structurée autour de l’ancien président.
Il reste toutefois essentiel de distinguer les déclarations publiques, les analyses des experts et les décisions officiellement annoncées. Jusqu’à la proclamation du FRN, la prise de direction par Kabila n’était pas encore présentée comme un fait officiellement établi.
Le 9 octobre, Kabila annonce de nouvelles initiatives
Trois jours avant la proclamation du FRN, Joseph Kabila intervient de nouveau dans le débat national. Dans une adresse à la nation diffusée le vendredi 9 octobre 2026, il affirme que le pays est en péril et critique notamment la gestion de la crise sécuritaire dans l’Est, la corruption et la gouvernance du pays.
Il déplore que ses propositions formulées en mai 2025, notamment autour d’un « pacte citoyen », n’aient pas été prises en compte. Il annonce également son intention de partager, dans les heures, les jours et les semaines suivantes, sa vision des actions à mener.
Cette prise de parole précède de peu l’annonce du nouveau mouvement politico-militaire. Elle s’inscrit dans une séquence où l’ancien président multiplie les critiques contre le pouvoir de Kinshasa, alors même que son nom est de plus en plus associé aux responsables de l’AFC/M23.
Le FRN : une nouvelle étape dans la crise congolaise
Ce lundi 12 octobre 2026, la création du Front pour la refondation de la Nation est annoncée à Goma. Joseph Kabila en prend la tête, tandis que plusieurs figures majeures de l’AFC/M23 occupent des fonctions de direction.
Selon les informations publiées par Actualité.cd, Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa sont désignés vice-présidents. Sultani Makenga est présenté comme chef d’état-major général, avec rang de vice-président, tandis que Freddy Kaniki occupe le poste de secrétaire général. La déclaration est lue par Claude Ibalanky.
Le FRN est présenté comme succédant à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), la structure politico-militaire associée au M23. Cette nouvelle organisation semble donc concrétiser, au moins sur le plan politique et organisationnel, l’hypothèse de restructuration évoquée par les experts des Nations unies.
Sa portée réelle devra cependant être appréciée à partir de son fonctionnement effectif, de sa chaîne de commandement, de ses objectifs politiques et militaires ainsi que des réactions des différents acteurs concernés.
Un changement de nom ou une nouvelle architecture politico-militaire ?
La désignation de Joseph Kabila à la tête du FRN pose désormais plusieurs questions sur l’évolution du conflit dans l’Est de la RDC. L’ancien président dispose d’une expérience du pouvoir national, tandis que les responsables de l’AFC/M23 exercent une influence politique et militaire dans les zones sous leur contrôle.
L’association de ces profils au sein d’une même structure pourrait modifier la manière dont le mouvement présente ses ambitions et organise son leadership. Mais il reste prématuré de conclure, sur la seule base de l’annonce, que le changement de nom entraîne automatiquement une transformation complète de la chaîne de commandement ou de la stratégie militaire.
Le rapport de l’ONU avait d’ailleurs relevé des divergences internes et des méfiances entre certains acteurs. Leur capacité à s’accorder durablement sur une direction commune constituera l’un des enjeux majeurs de cette nouvelle organisation.
Pour les institutions congolaises, l’enjeu reste la défense de la souveraineté nationale, la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire et la protection des populations civiles. La nouvelle configuration du FRN pourrait également avoir des conséquences sur les efforts diplomatiques visant à mettre fin au conflit.
Conclusion : les anciennes alertes à la lumière des nouveaux événements
Depuis février 2025, Félix-Antoine Tshisekedi affirme que Joseph Kabila se trouve derrière l’opposition armée qui déstabilise le pays. Pendant des mois, ces déclarations ont été contestées par le camp de l’ancien président et se sont inscrites dans une confrontation politique profonde.
Parallèlement, le Groupe d’experts des Nations unies a signalé, en juin 2026, qu’une restructuration de l’AFC/M23 était envisagée et que Joseph Kabila pourrait y jouer un rôle central.
L’annonce du 12 octobre 2026 donne désormais une nouvelle dimension à ces éléments. L’ancien président est officiellement présenté comme le chef du FRN, une organisation qui rassemble plusieurs figures majeures de l’AFC/M23.
Cette évolution constitue un fait politique majeur et renforce la pertinence des interrogations soulevées depuis plusieurs mois par les autorités congolaises. Elle ne suffit cependant pas, à elle seule, à établir toutes les responsabilités individuelles concernant les opérations passées de la rébellion.
Pour la RDC, la priorité demeure la restauration de la paix, la protection des citoyens et la préservation de l’intégrité territoriale. Les prochains développements permettront de mesurer la portée réelle de cette nouvelle organisation et ses conséquences sur l’avenir politique et sécuritaire du pays.
YTC